Le sculpteur haïtien Fritz Laratte, assassiné

Laratte le sculpteur

Laratte le sculpteur

Le sculpteur haïtien Fritz Laratte qui a réalisé l’imposante stèle, le monument en granit de la route de l’esclave, à l’Île Maurice, dans l’océan Indien, a été assassiné dans la nuit du lundi 4 au mardi 5 août dans sa résidence privée qui lui servait aussi d’atelier sur la route du Canapé-Vert. « C’est un crime odieux ! Dans la soirée, avant d’aller se coucher, on échangeait des paroles comme à notre habitude. C’est dans la matinée qu’un ouvrier, en ouvrant la porte, l’a retrouvé raide mort, le crâne fracassé. La police a emporté l’instrument du crime : une sculpture en marbre. Il semblerait que la sculpture travaillée par l’artiste a servi d’arme pour le tuer », raconte un riverain, ami de Laratte qui veut garder l’anonymat.

«Il y avait chez l’artiste un jeune homme qu’il avait ramassé dans les rues. Il était généreux envers ce jeune qui balayait son atelier. Il y a bien longtemps de cela, l’artiste l’avait mis à la porte. Mais voilà qu’ il y a une quinzaine de jours, ce bonhomme est réapparu », informe-t-il. Quel âge pouvait-il avoir ? « Entre dix-sept et dix-huit ans. Le problème, c’est que, depuis la mort de l’artiste, il n’a pas montré son nez », suspecte-t-il.

Au numéro 20 sur la route à pic du Canapé-Vert qui mène à Juvénat, les sculptures de l’artiste sont encore exposées. L’usager de cette voie publique peut saisir du regard les créations de Fritz Laratte. Ses sculptures sont travaillées sur le fer, le bois et la pierre ainsi que d’autres matériaux hétéroclites. À la manière des sculpteurs de la Grand-Rue, il entrait quelquefois dans ses compositions les objets rejetés par la ville. Ainsi, il se laissait entraîner dans le courant de l’art de la récupération. Vieille bicyclette, jante usée de véhicule, recyclées, devenaient objet d’art.

Au bord de la route, à même le trottoir, vous trouverez cette sculpture représentant un personnage haut perché sur un énorme vélo ; vous rencontrerez également cette grosse tête expressive peinte aux couleurs vives et taillées dans le métal. Elle ressemble à des moaï, ces figures mastodontes de l’île de Pâques, île du bout du monde blottie dans l’océan Pacifique. Les œuvres de Laratte ne marquent aucune expression figée sur le support dans lequel elles sont travaillées. Même le soleil métallique du sculpteur articule une parole muette ; sa bouche arrondie d’étonnement s’adresse à celui qui le regarde de près.

La sculpture au berceau

Fritz Laratte descend d’une lignée de sculpteurs qui font honneur à Haïti. C’est depuis le berceau que l’art de tailler, de modeler les formes en volume, en relief est entré dans ses veines. Fils de Georges Laratte, il a appris ce métier de son père ainsi que son frère Ronald qui ne rate jamais l’occasion de participer à la grande foire Artisanat en fête organisée annuellement au Parc Historique de la Canne à Sucre.

En mai de l’année dernière, lors d’une interview qu’il avait accordée à notre confrère de la rédaction, Lord Byron, il exhalait la fierté lorsqu’il disait, parlant du bloc de granite qu’il avait sculpté à Rodrigue, dans l’île Maurice : « En moins de huit jours, j’ai réalisé une stèle d’environ six pieds de hauteur. De la grande masse de granite, j’ai créé un esclave en prière. L’oeuvre a été accueillie avec émotion par les Mauriciens et salué par la presse. »

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Updated: August 9, 2014 — 5:14 AM

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