Yves Romain Bastien prend le contre-pied des déclarations de Jack Guy Lafontant

Premier ministre Jack Guy Lafontant contre l’administration Privert/Jean-Charles. L’ancien titulaire du MEF rejette d’un revers de main ces accusations. « Il n’y a pas eu d’inflation à 6% en 2015. Le Premier ministre a menti tout simplement et les chiffres sont là, que ça soit au bureau des statistiques ou à la banque centrale», a-t-il dit. Quand il était arrivé aux commandes en mars 2016, Yves Romain Bastien explique que le taux d’inflation avait déjà atteint la barre de 15%.

Comme pour discréditer les accusations du locataire de la Primature, Yves Romain Bastien estime que Jack Guy Lafontant ne maîtrise pas son sujet. « Je ne voudrais pas me retrouver dans une discussion indéfinie avec un Premier ministre qui se retrouve brusquement économiste et qui aborde des chiffres qu’il ne maîtrise pas », assène l’ex-ministre. « Cet homme parle de gaspillage sans comprendre», a-t-il poursuivi. Le Premier ministre qui a pris les commandes du gouvernement le 22 mars dernier a trouvé un « déficit de trésorerie» et non un «déficit budgétaire», selon M. Bastien. Ceci vient du fait que le gouvernement a été contraint de maintenir la subvention des produits pétroliers, détaille celui qui a toujours cru qu’il fallait «réduire cette subvention au maximum». La subvention des produits pétroliers a provoqué un manque à gagner situé autour de six milliards de gourdes, d’octobre 2016 à la fin du mois de mars de l’année en cours. « Ce qui correspond au déficit de trésorerie dont parle le Premier ministre», fait remarquer l’ancien ministre de l’Économie et des Finances.

Évoquant le cas du secteur électrique, Yves Romain Bastien précise que ce secteur a nécessité des dépenses évaluées à environ 4,7 milliards de gourdes. « Ça te fait déjà environ 10,5 milliards de gourdes», calcule l’ex- ministre, qui rappelle également les dépenses consenties par l’État haïtien pour l’organisation des dernières élections qui, mentionne-t-il d’un air taquin, donne au Premier ministre «la latitude de parler de choses qu’il ne maîtrise pas». « Ces élections ont coûté environ 5 milliards de gourdes», redit Yves Romain Bastien qui n’en finit pas de cracher sa colère à la suite des accusations du chef de gouvernement. « Il parle de gaspillage sans savoir vraiment de quoi il parle», cogne-t-il avant de s’excuser pour s’être exprimé de cette façon. Il invite le Premier ministre à revoir ses chiffres.

En ce qui a trait à la dépréciation de la gourde, Yves Romain Bastien rappelle que le taux de change vacillait autour de 64 gourdes pour un dollar quand il était arrivé à son poste. Au moment de quitter, indique-t-il, le dollar valait environ 67 gourdes.

« Au Bureau de monétisation des programmes d’aide au développement (BMPAD), beaucoup de problèmes ont été identifiés. L’effectif des employés pendant la période de transition a plus que doublé. De 83 employés en février 2016, l’effectif est passé à 192 en février 2017. D’un autre côté, les recettes de l’institution ont connu une baisse. Le parc automobile de l’institution a augmenté de plus de 100%», selon l’état des lieux présenté par le chef du gouvernement jeudi.

« Se retrouver en train de partager le gâteau pose des problèmes de gestion de ces entreprises», dit Yves Romain Bastien, évoquant particulièrement le cas du BMPAD dont il a été président du conseil d’administration aux côtés du gouverneur de la BRH, du ministre des Affaires étrangères, du ministre du Commerce, du ministre des Travaux publics entre autres. Comme pour se dédouaner, il raconte que l’ex-responsable du BMPAD, Patrick Noramé, qui se trouve aujourd’hui dans le viseur de la justice pour des accusations de corruption, avait pris un ensemble de décisions « qui n’étaient pas nécessairement des décisions du conseil d’administration». Il explique avoir beau tenter de le ramener à l’ordre. « Il fallait tout le temps l’interpeller, lui écrire des lettres et lui faire comprendre qu’il y a des choses qu’il ne pouvait pas faire», regrette Yves Romain Bastien.

Concernant la dette du BMPAD, précise M. Bastien, le pays devait au Vénézuela environ 83 millions de dollars. Il s’agissait de dettes à très court terme, c’est-à-dire des fonds que l’administration Martelly n’a pas versés au gouvernement vénézuélien à temps. « Nous nous sommes arrangés pour leur payer l’argent», dit-il. Yves Romain Bastien soutient que le gouvernement de transition s’était également trouvé dans l’obligation de payer des firmes pour des travaux effectués ou commencés sous Martelly. « Il est important de dire la vérité telle qu’elle est», exige Yves Romain Bastien.

En ce qui a trait au FAES, Yves Romain Bastien déclare qu’il « était déjà une catastrophe». Il signale à juste titre que la BID avait exigé du gouvernement haïtien qu’il restitue environ 100 millions de gourdes qui ont été mal dépensées. L’ex-ministre croit que nous ne pouvons pas faire du social avant l’économie. Il regrette aussi que les fonds du PetroCaribe ont été utilisés dans des programmes sociaux et non des projets de développement sous Martelly. Il précise que le gouvernement d’Énex Jean-Charles n’avait dépensé que deux fonds. « 20 millions de gourdes à deux reprises pour que le FAES puisse payer ses employés. Après le cyclone, FAES était intervenu dans des zones où il fallait réparer des établissements scolaires en vue de l’organisation des élections», clarifie l’ex-ministre, soulignant que 280 millions de gourdes ont été à cet effet octroyées à l’institution pour la réparation de 200 écoles. Une partie de ces fonds, soit 141 millions de gourdes, devait être décaissée à la fin des travaux de réparation alors qu’entre-temps Jovenel Moise a été installé. Cet argent n’a jamais été payé à cause du veto du nouveau président, raconte l’ex- ministre de l’Économie et des Finances. À son départ, son successeur a débloqué les 141 millions de gourdes, qui selon lui, aurait été utilisé, par l’actuel directeur général du FAES pour le paiement des salaires.

Le FAES aurait une dette de quatre milliards de gourdes, selon le Premier ministre mais pour l’ex-ministre, le gouvernement de transition n’y a pas contribué. « Il va falloir revoir les chiffres, les situer dans le temps, et déterminer les parts de responsabilités parce que notre Premier ministre est en train de passer à côté», insiste Yves Romain Bastien, estimant que les réalités économiques sont différentes des analyses médicales qu’a l’habitude de faire le Premier ministre qui a été jusque là reconnu comme gastro-entérologue.

Les dettes du PSUGO estimées à environ quatre milliards de gourdes ont existé bien avant l’arrivée au pouvoir du président Privert, répond Yves Romain Bastien, ajoutant qu’aucun de ceux qui avaient fait partie du gouvernement d’Énex Jean-Charles ne détient des véhicules de l’État. Tous ceux dont parle le Premier ministre avaient des véhicules de l’État en leur possession depuis sous Michel Martelly, selon M. Bastien. « J’aurais aimé qu’on apporte la preuve que quelqu’un qui a été de près ou de loin en relation avec le gouvernement Privert détient des équipements de l’État », lance avec beaucoup de certitude l’ancien ministre, qui affirme avoir remis les matériels qu’il avait en sa possession et avait demandé à tous ses collègues d’en faire autant.

Yves Romain Bastien, qui se vante de n’avoir effectué aucune dépense non essentielle, comme l’achat de nouvelles voitures, jure qu’il n’y a pas eu de gaspillage sous l’administration Privert/ Jean Charles. Il indique aussi qu’il n’y a pas eu d’augmentation de la masse salariale, sinon que le gouvernement a dû augmenter le salaire des médecins résidents des hôpitaux publics qui avaient observé un mouvement de grève pendant plusieurs mois pour faire pression sur les autorités. En ce qui concerne le salaire des policiers, il a été augmenté depuis sous Martelly, dit-il.

Mentionnant les satisfecits reçus de la part de certaines institutions internationales, dont la BID, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, Yves Romain Bastien estime que « son expérience a été bonne pour le pays. Il se félicite d’avoir apporté « un peu d’ordre». Il déplore que l’actuelle équipe ne l’ait pas appelé pour lui « poser la moindre question sur les finances et l’économie » pour la courte période de la transition. « Je suis là calmement et prêt à répondre à toutes les questions», a-t-il lâché avec la ferme conviction qu’il faut redéfinir certaines façons de faire au niveau de l’État.

Source: http://www.radiotelevisioncaraibes.com/nouvelles/haiti/yves-romain-bastien-prend-le-contre-pied-des-declarations-de-jac.html

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Updated: May 9, 2017 — 6:26 AM

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