Palito de Coco: le cross over / la traversée transcontinentale d’un chant d’un vendeur de rue haïtien vivant en République Dominicaine

timthumbAu moment où la République Dominicaine prend des dispositions pour déporter les Haïtiens et les Dominicains d’origine haïtienne vivant sur son territoire, Roman Dorléan, un compatriote haïtien fait la une avec un chant qu’il a composé et qu’il utilise comme support musical pour faire la promotion du produit qu’il vend dans les rues : Palito de Coco – Dulce de Coco. Ce produit est une sucette faite d’un mélange de caramel, de chocolat et de noix de coco, attaché à un cure-dent, ce qui rappelle le « piroulie » de notre enfance.

L’intelligence pratique et le succès de Ramon Dorléan en République Dominicaine

Il faut se rappeler que la musique est un medium qui permet à un artiste ou un individu de passer un message capable de toucher la grande majorité. Cela requiert de l’intelligence. On distingue plusieurs types d’intelligence : l’intelligence académique, l’intelligence pratique, etc. La première nous donne la possibilité de disserter, de raisonner, de résoudre des problèmes de mathématiques, de physique, etc., à l’école. Mais l’intelligence pratique est celle qui nous permet de nous adapter à un nouvel environnement sans difficulté. C’est donc cette forme d’intelligence qui a permis à Ramon Dorléan de réussir dans sa nouvelle aventure.

Roman Dorléan est âgé de 32 ans. Il vit en République Dominicaine depuis deux ans. Ce marchant ambulant offre son produit aux passants, en le soutenant d’un chant bien rythmé. C’est une excellente forme de marketing et de promotion du produit : Palito de Coco. Personne avant lui n’avait pensé à utiliser une telle stratégie pour s’attirer des clients. On doit tenir compte de l’impact psychologique de ce chant de Ramon Dorléan sur la grande majorité. Les passants sont surtout attirés par le chant qui les motive. Le vendeur maintient le rythme en se servant d’un couteau d’argent qu’il tape sur le rebord du plateau sur lequel il étale les Palitos de Coco. Ce qui m’impressionne c’est le rythme constant qu’il maintient en chantant et cela sans détonner.
Trois faits marquants méritent d’être signalés. Roman tient en équilibre le plateau de Palito de Coco de sa main gauche, pendant qu’il le frappe, à intervalles réguliers, avec un couteau d’argent lui servant de baguette. Il chante en même temps et cela sans rompre le rythme. C’est comme un batteur d’un orchestre qui fait du rim shot, une technique qui consiste à taper sur le rebord métallique de la batterie. R.D , Roman Dorléan, a le sens du rythme et cela est inné. Le chant confère une popularité incroyable à ce marchand ambulant. Dans toutes les boîtes de nuit, la chanson Palito de Coco intensifie le plaisir des danseurs. Au Panama, elle est classée en première position au hit-parade.

Le crossover vérifié et confirmé de « Palito de Coco »

Roman Dorléan devient célèbre. Il a réussi ce que, pendant plus de 50 ans, beaucoup de musiciens tentent de réaliser : le cross over. Déjà des groupes musicaux dominicains, trinidadiens, panaméens, vénézuéliens, portoricains, allemands, suédois, etc interprètent Palito de Coco. Ce chant du vendeur de rue envahit les medias un peu partout. L’un des premiers orchestres à interpréter Palito de Coco est celui de Wilbert Manuel de la République Dominicaine. Toutefois, il faut applaudir l’effort de Wilfrido qui eut l’idée de présenter une vidéo montrant Roman Dorléan en action à travers les rues. Sans lui, son talent ne serait pas connu.
La promotion du chant par Olivier Peña et ses associés va bon train. Roman Dorléan aura besoin d’encadrement de bons avocats et de conseillers juridiques en divertissements culturels pour ne pas être victime du même sort que le créateur du compas direct. On doit mettre fin au phénomène « Bourik travay chwal galonnen ». Les instances haïtiennes qui s’occupent de la protection des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle se trouvent aujourd’hui dans l’obligation de mener des enquêtes méticuleuses pour savoir si le créateur / compositeur de Palito de Coco est vraiment bien encadré en République Dominicaine

La culture est source d’espoir

Il y a de cela deux semaines que Roman Dorléan était recherché, pas pour vol ni pour crime, mais pour sa créativité et le plaisir que sa création procure aux gens. Avec les nouvelles dispositions de la République Dominicaine à l’égard des Haïtiens et des Dominicains d’origine haïtienne, le vendeur de rue haïtien s’était mis à couvert, de peur d’être déporté vers Haïti. Il a été retracé et, aujourd’hui, il bénéficie d’un contrat. Il est invité à presque toutes les émissions de télévision et de radio en République Dominicaine.
Ce phénomène qu’on vit n’est pas une mince affaire. Il ne faut pas le regarder avec des yeux d’innocents et se réjouir simplement du succès de notre compatriote en République Dominicaine. C’est plus profond qu’on ne l’aurait pensé. La culture a un certain impact sur l’économie et la politique. Investir dans la culture est une bonne initiative qui peut changer la donne. La culture c’est qui nous reste après avoir tout perdu. Roman Dorléan a réussi et selon les croyances, on dit : etwal yon moun se respekte sa, chak moun gen etwal yo, men yo pa klere men m jan. Le chant et le produit « Palito de Coco » connaissent un succès fou en République Dominicaine et à travers le monde. Ce succès est celui de tous les Haïtiens. Je souhaite bonne chance et du succès continu à Roman Dorléan.

robertnoel22@yahoo.com

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Updated: October 21, 2013 — 6:29 PM

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